NICE. ANNEXION. 1860
Chronique de la commémoration du
150e anniversaire de l’annexion de Nice à la France
La commémoration du 150e anniversaire de l’annexion est une bonne occasion pour réfléchir sur Nice et son histoire. Je tiens ici une sorte de journal où je mêle informations et opinions. Il prend la forme d’un blog mais c’est un faux blog car je n’y offre pas de possibilité de dialogue. Notez qu’il reste la boite courriel du site .
SOMMAIRE
L'événement du 150 anniversaire de l'annexion
Pas d'appel pour la Cour d'appel
L'annexion débarque à Villefranche
1860, invention d'une frontière
Colloques et conférences: un point à la mi avril
n
30 août 2010
La faiblesse des équipements publics dans la partie ouest de la Province de Nice, Var et affluents, est un des arguments les plus convaincants mis en avant par les partisans d’un rattachement à la France. Le « parti français » de Nice réclame le prolongement de la ligne PLM vers Nice, la poursuite des travaux d’endiguement de la rive gauche du Var, l’aménagement de routes dans les vallées du Var, de la Tinée et de l’Estéron. Le gouvernement sarde n’est pourtant pas resté inactif. Plusieurs objectifs ont été atteints depuis 1845 : 11 kilomètres de digue, du Baou-Roux au vallon des Combes, un beau pont suspendu sur le Var entre Gilette et La Roquette-Saint-Martin, le percement des gorges de Plan-du-Var à La Mescla. Mais à la veille de l’annexion ces chantiers sont en panne : l’endiguement de la rive gauche du Var est arrêté depuis la faillite du concessionnaire Villain-Moisnel en 1853 et l’entreprise Magnan s’est épuisée dans le percement des gorges. La poursuite des travaux dans la vallée de la Tinée s’avère plus difficile que prévu. Le franchissement du Var par le PLM dépend, lui, du bon vouloir des diplomates. Quant à l’aménagement d’une route dans la vallée du Var après La Mescla, il rencontre toujours l’opposition de l’état major sarde.
C’est sur cet ensemble de dossiers que s’est joué le vote des 15 et 16 avril. Que la France refuse de s’engager et le « parti français », fer de lance de l’annexion, aurait les plus grandes difficultés à appeler à voter oui. L’enthousiasme ferait défaut et le résultat pourrait en pâtir. Pietri a compris l’enjeu. Il s’est donc engagé sur tous ces dossiers. Mais Pietri a promis beaucoup de choses.
Une fois passée l’euphorie des cérémonies d’annexion, les désillusions s’accumulent : Tende et La Brigue ne sont pas annexés, la cour d’appel est supprimée. Les mois passent et rien ne dit que les chantiers annoncés ne subiront pas le même sort. Carlone, principal défenseur de ces projets et porte drapeau du « parti français », commence à douter. Il ne cesse d’alerter Pietri sur les conséquences désastreuses pour l’opinion niçoise du non respect des promesses. Pietri qui convoite la place de ministre de l’Intérieur a de son côté bien compris qu’il ne peut pas se couper de ses plus proches relations niçoises. Cela serait interprété par ses adversaires politiques comme le signe d’un échec de sa mission à Nice.
Et le temps presse. L’Empereur doit venir à Nice en visite officielle à Nice à la mi-septembre. Pietri entrevoit ce qui risque de se passer si la question n’est pas réglée d’ici là. Il a donc fait ce qu’il fallait.
Les décrets sont publiés le 18 août. Carlone est soulagé. On y précise : que la poursuite de l’endiguement du Var est déclarée d’utilité publique et que ses dépenses seront imputées sur les crédits alloués à l’amélioration de la navigation ; que la route Nice-Barcelonnette par la Tinée est classée « route impériale » sous le numéro 205, et donc financée sur des fonds d’Etat ; que les routes de la vallée de l’Estéron, du pont Charles-Albert jusqu’à Roquestéron, et de la vallée du Var, de La Mescla à Guillaumes, sont classées « routes départementales », c'est-à-dire financées pour moitié par l’Etat et pour moitié par l’ancien arrondissement de Nice. Vous trouvez ces textes au Bulletin des lois 1860, second semestre, page 843. La section ferroviaire comprise entre le Var et Nice sera déclarée d’utilité publique le 22 août, ibidem page 781.
La France tenait ses promesses. Le message était passé. Napoléon III pouvait venir à Nice sans craindre d’y être mal accueilli. Parmi les temps forts de ce court voyage de trois jours on note une visite du souverain sur les bords du Var. On y avait aménagé une grande tente richement décorée et meublée. Carlone, en tant que président de la Commission administrative du Var, fit un discours apprécié. L’Empereur examina les plans, parla des possibilités de développement, donna des assurance aux notables de la rive gauche. Le Messager de Nice du 14 septembre vous raconte tout cela.
n
28 juillet 2010
Rapetti et le secrétaire de Pietri, l’envoyé extraordinaire de Napoléon III. Il séjourne à Nice de la fin du mois de mars à la mi-juin 1860 et organise avec Pietri les opérations d’annexion. C’est ainsi qu’on présente habituellement le personnage.
En réalité Rapetti n’est pas un secrétaire ordinaire. Il a été professeur de législation comparée au Collège de France dans les années 1840 ; il est au moment de l’annexion haut fonctionnaire au ministère d’Etat, chargé de collecter et d’éditer la correspondance de Napoléon I. Il est aussi un excellent connaisseur de la politique italienne. C’est lui qui a été chargé d’accompagner Pietri en Toscane pendant l’année 1859 pour préparer l’accès au trône du Grand-Duché du Prince Napoléon et de son épouse Marie Clotilde, fille de Victor-Emmanuel II.
On sait que l’affaire n’aboutira pas. Pour Napoléon II c’est un échec. De nouvelles perspectives s’ouvrent alors pour les partisans de l’unité italienne. Cavour peut ainsi développer une politique annexionniste en Italie centrale. Napoléon III, qui n’avait pas prévu cette innovation diplomatique, rebat les cartes et réclame Nice. Pour être clair et direct, l’annexion de la Savoie est la contrepartie à l’aide militaire contre l’Autriche, l’annexion de Nice est la contrepartie à une extension de la politique unitaire italienne en Italie centrale et en particulier en Toscane. J’en ai parlé dans cette chronique le le 24 mai dernier.
Revenons à Rapetti. Celui-ci arrive à Nice en compagnie de Pietri quinze jours avant le vote. Les deux hommes, installés à l’Hôtel de France, reçoivent beaucoup : délégations, personnalités et aussi des Niçois de toutes conditions. Ils rassurent, expliquent et font beaucoup de promesses. On connaît celles de Pietri, surtout celles qu’il n’a pas tenues. On connaît moins celles de Rapetti. L’homme est affable, courtois, généreux, prêt à tout pour faire plaisir. Et persuasif. Il donne de la France l’image la plus positive qui puisse être. Les Niçois l’ont beaucoup apprécié. Il lui manifesteront leur reconnaissance en lui offrant un superbe sous-main en marqueterie, « A N. Rapetti les habitants de Nice ». Je ne suis pas sûr que Pietri ait eu le même cadeau. Vous trouverez dans mon étude sur Rapetti, récemment parue dans le numéro spécial de Nice Historique, 1860. Chroniques de l’annexion, la reproduction du sous-main.
C’est d’ailleurs ce sous-main qui est à l’origine de cette étude. Lucien Mari, trésorier de l’Acadèmia Nissarda et fin connaisseur de la marqueterie niçoise, s’est étonné qu’on fasse un pareil cadeau à un simple secrétaire. Il en a fait part à Paul-Louis Malausséna, rédacteur en chef de Nice Historique qui a rapidement remarqué que ce Rapetti était l’auteur d’une introduction critique à la publication du Livre de jostice et de plet, un coutumier médiéval connu des juristes. Et il se trouve que P.-L. Malausséna est professeur honoraire d’histoire du droit. Effectivement Rapetti n’était pas le premier venu.
J’ai poursuivi l’enquête dans mon étude. Mais il reste encore beaucoup à découvrir, sur le professeur au Collège de France, sur le journaliste parisien, sur le secrétaire de la Correspondance de Napoléon I. Et surtout sur les relations que Rapetti, partisan convaincu du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, a entretenues avec Kossuth et avec les princes Bibesco. Et évidemment sur son rôle en Toscane et sur la politique italienne. Rapetti n’était pas un partisan de l’unité italienne. Il admirait trop la politique de Napoléon I pour imaginer autre chose qu’une Italie confédérée sous la tutelle de la France. Sa position était d’ailleurs proche de celle de l’entourage de Napoléon III et de l’empereur lui-même. Mais le vent de l’Histoire a tourné autrement.
n
23 juillet 2010
Il y a deux traités de Turin datés du 24 mars, celui de 1860 dont on commémore en ce moment le 150e anniversaire et celui de 1760 qu’on a oublié de commémorer. C’est dommage parce que ce traité retouche assez substantiellement la frontière de 1388, celle qui coupe la Provence en deux, d’un côté la Provence centrale et rhodanienne, de l’autre le Provence niçoise (Vallée de Barcelonnette, Comté de Nice, Marquisat de Dolceaqua).
En commémorant le 250 anniversaire de ce traité on se serait donné l’occasion de réfléchir sur cette frontière mentale qui coupe toujours en deux le département des Alpes-Maritimes. La grande borne dressée au pont du Var en 1988, à l’occasion du 500e anniversaire de la dédition de Nice à la Savoie, n’est pas qu’un symbole.
C’est raté. Gattières qui devient française, Puget-Théniers qui retrouve le pays de La Roudoule, Guillaumes qui perd ses belles fortifications en passant côté Savoie, Roquestéron qui se retrouve coupé en deux, etc. Tout cela valait bien une commémoration. Je m’en suis plaint avant-hier dans une chronique voisine.
n
18 juillet 2010
L’événement du 150 anniversaire de l’annexion
Ce n’est pas la mini tour Eiffel érigée Quai des Etats-Unis ; ce n’est pas la pièce de théâtre sur le « Rattachement » ; ce n’est pas la Patrouille de France dessinant le chiffre « 150 » dans le ciel ; c’est le numéro spécial de Nice Historique « L'année 1860. Chroniques de l'annexion ». Il modifie complètement notre connaissance de ce qui s’est passé en 1860. On n’y apprend pas que les urnes ont été bourrées ou les listes électorales truquées. Puisque ce n’est pas ainsi que les choses se sont passées. On y apprend que dans les mois qui suivent le plébiscite, la morosité est partout, que les promesses n’ont pas été tenues, que les employés français se comportent comme en pays conquis, que les plus fidèles partisans de la France sont mis à l’écart, que les promotions politiques sont en faveur des anciens adversaires de l’annexion, que les « italianissimes » redonnent de la voix, etc.
Le triomphal voyage de l’empereur et de l’impératrice à Nice en septembre offre pourtant une autre image. Il est vrai que le couple impérial arrivait avec une belle corbeille de cadeaux, de l’argent, des ouvertures de chantiers et quelques promotions individuelles. « Trente heures inoubliables » conclut Marc Ortolani dans son étude sur le voyage. Mais aussi une simple étape d’un long déplacement qui a conduit les souverains de la Savoie à l’Algérie en passant par Nice et par la Corse. Une parenthèse qui n’efface pas l’impression que l’accueil par la France ne s’est pas fait dans les meilleures conditions. Un mauvais pli a été donné. La tentation séparatiste qui aboutira aux événements de 1870 est nourrie de ces insatisfactions.
Les archives ont parlé. Le numéro de Nice Historique, pour sa plus grande partie, revisite l’histoire de Nice à partir des sources d’archives. A l’origine de cette approche, la lettre adressée par Carlone à Pietri le 26 janvier 1861. Là où on s’attendrait de la part de Carlone, la personnalité la plus engagée en faveur de la France, à des mots de remerciements, on découvre une longue plainte. Cette lettre a, comme on dit, interpellé Paul-Louis Malausséna, rédacteur en chef de Nice Historique. Il a voulu comprendre. Les thèmes de recherche ont été répartis entre les collaborateurs de la revue. Et voilà le résultat. Nuancé mais sans concessions. L’année 1860 n’a pas été une lune de miel. Nice n’est pas devenue française par la grande porte.
Cent cinquante ans après on attend toujours une grande cérémonie d’accueil à Paris. Pas Nice qui dit oui à la France ; ça on sait faire. Mais la France qui dit oui à Nice.
n
9 juillet 2010
Proclamations d’attachement, promesses dorées, lendemains radieux. Il y a un envers à ce décor qui sert de toile de fond à l’annexion. Tout un peuple cherche son avenir à travers des choix qui divisent. Et qui vont effectivement diviser durablement. Il ne fallait pas que la commémoration se passe sans qu’on aborde le sujet. Le livre que publie l’ASPEAM, l’Association de sauvegarde du patrimoine écrit des Alpes-Maritimes que préside Colette Bourrier-Raynaud, éclaire la question : Personnalités et familles du Comté de Nice face à l’annexion de 1860 à la France. Vingt contributions , dont plusieurs sagas familiales, nous plongent dans ce qui fut pour beaucoup un véritable drame.
Remarquez qu’il y a aussi les autres, ceux qui ont bien profité du changement, Malausséna, Borriglione, Durandy, ou d’autres. Ils sont bien présents dans l’ouvrage. Il y a encore peu de temps on n’aurait parlé que d’eux. Mais la mémoire a fait son travail. Le livre accorde aux autres, aux oubliés de l’histoire, la place qui leur revient. Il faut espérer qu’on n’attendra pas le bicentenaire pour faire d’autres avancées. Il y a, dans les cimetières, encore beaucoup de gens qui voudraient bien qu’on parle d’eux.
n
7 juillet 2010
Il y a deux façons de commémorer ce 150 anniversaire de l’annexion. La savoyarde et la niçoise. La première célèbre l’identité d’une province. Associations historiques et autorités publiques multiplient les initiatives d’union des Savoyards. Par ici le programme. Dernière manifestation en date, le film d’Olivier Pasquet « 1910-1960-2010. Quand la Savoie fête la France ». Il est réalisé avec la collaboration de Paul Guichonnet, Christian Sorrel et Bruno Berthier. Trois cautions historiques. En Savoie la commémoration sert à se projeter vers l’avenir. L’histoire justifie, explique, conforte le mouvement. Dans la ligne de mire, l’union des deux départements savoyards dans le cadre d’une prochaine réforme de la carte administrative.
Rien de tel à Nice. Ici on s’interroge de façon récurrente sur l’identité d’une ville. Française ? Italienne ? Nissarde ? Provençale ? Occitane ? Cosmopolite ? La belle publication réalisée par Les Amis de la liberté, sous la forme d’un hors série du Patriote , illustre très bien cet éclectisme identitaire. Nice au pluriel en quelque sorte. Seize auteurs, historiens, écrivains ou politiques, y présentent leur point de vue. On y a aussi donné le champ libre à une quarantaine d’artistes.
Jean-Marie Le Clézio –prix Nobel de littérature S.V.P- se demande dans un billet tissé d’innovations historiques ce qui se serait passé « si Nice n’avait pas voté le rattachement ». Ben nous délivre une profession de foi occitaniste : « Je suis pour le rattachement de Nice à l’Occcitanie et à l’Europe des régions et des peuples ». Ernest Pignon-Ernest métamorphose en niçoise La liberté guidant le peuple de Delacroix. Marcel Alocco a eu la même idée, mais cette fois c’est Catherine Ségurane qui est sur la barricade. Robert Charvin fait une incursion décidée au cœur du particularisme politique niçois. Christian Estrosi nous invite à faire un détour par la montagne pour nous faire comprendre que Nice c’est aussi une province. Michel Vauzelle explique que « Nice demeure un exemple des appartenances multiples qui nous caractérisent et des identités diverses qui nous composent ». René Fregni nous fait comprendre en quelques lignes que les Marseillais ne connaissent pas Nice. Je ne vais pas plus loin dans ma présentation. Il me faudrait au moins cinquante lignes de plus. Vous n’avez qu’à acheter ladite publication. Vous aurez entre les mains mieux qu’un dossier, un débat. Mais comme dirait ma grand-mère en guise de conclusion, « embé tout aco, sian pas encara arribat ! ».
Vous trouvez que j’exagère ? Allez sur le site de l’Acadèmia Nissarda. On vient d’y mettre en ligne les reproductions de l’ouvrage qu’elle a édité en 2005, Voyage pittoresque dans le Comté de Nice et les Alpes-Martimes du XVIIe au XIXe siècle. Gravures et lithographies. Les reproductions sont classées et triées par lieux, sources, supports, artistes, etc. C’est aussi beau que l’ouvrage. Plus beau même lorsqu’on agrandit les vues. Il ne manque que les textes et commentaires qui accompagnent les gravures. Mais les images sont telles que le reste paraît superflu.
J’en parle ici avec d’autant plus de plaisir que cela nous sort un peu du cadre nisso-nissart de l’annexion. On part à la découverte d’un autre espace, très transfrontalier, où se mêlent la Côte d’Azur de Stéphen Liégeard et les Alpes maritimes de l’Abbé Gioffredo. Le voyage n’est pas facile. Les routes sont rares et incommodes. Mais les frontières pas très présentes. A partir de Nice, le promeneur pourra visiter la Riviera ligure, la montagne niçoise et la Provence grassoise. Avec quelques clics. Mais si vous en avez l’occasion, procurez-vous tout de même l’ouvrage.
n
29 juin 2010
La loi sur la réforme de l’administration du territoire poursuit son parcours législatif . La création des métropoles bouleversera la carte administrative. Le département des Alpes-Maritimes est directement concerné. Il est utile, plus que jamais, de souligner sa pertinence territoriale et de faire valoir l’efficacité de ses institutions. C’est ce que fait le Conseil général en faisant paraître dans Nice Matin du lundi 28 juin un cahier de quatre pages sous le titre « Le Conseil général fête ses 150 ans ». Un panorama sur les activités de l’institution depuis sa création. Une galerie de portraits d’anciens présidents du Conseil général a été inaugurée pour rehausser cet anniversaire.
J’ai déjà dit souvent dans ce faux blog que chaque fois que la commémoration passait le Var, c’était une bonne chose. Il en faudrait d’autres. Que ceux qui n’ont pas encore commémoré le fassent. Il est encore temps. La formation du département des Alpes-Maritimes, au contraire des deux départements savoyards, n’a pas été simple. Les anniversaires ne manquent pas. Voici un choix de dates : 24 octobre pour l’organisation du département, des arrondissements et des cantons ; janvier 1861 pour l’élection des conseillers généraux et l’installation du conseil général ; 2 février 1861 pour le rattachement de Menton et Roquebrune ; 7 mars 1861 pour le non rattachement de Tende et de La Brigue, etc.
En ce qui me concerne je choisirai le 24 octobre. Pour commémorer la formation de l’arrondissement de Puget-Théniers. C’est peut-être posthume mais pas complètement inutile. Une bonne occasion de méditer sur la vie et la mort des institutions.
n
24 juin 2010
« Napoléon III et les Alpes-Maritimes. Naissance d’un territoire ». C’est ainsi que les services des Archives départementales ont intitulé leur exposition et le catalogue qui l’accompagne. C’était à la fin de l’année dernière. Le message était clair. A côté du rattachement de Nice à la France, il y a un autre événement, la création du département des Alpes-Maritimes.
Parce que c’est un événement. C’est en effet la première fois depuis 1388, ce qu’on appelle la dédition de Nice à la Savoie, que Nice et Grasse se retrouvent dans une même entité administrative. Aucune annexion antérieure, ni celles de Louis XIV, ni celles de la Révolution et de l’Empire n’avaient opté pour une telle solution. C’est dire.
On aurait pu raisonnablement penser que cet événement allait être salué par toutes les autorités concernées, les villes, Grasse, Nice, Antibes, Cannes, les autres, les autorités départementales, la préfecture, etc. Rien. Comme si on se refusait à accepter le premier fruit de l’annexion, l’intégration à la France dans un nouveau territoire administratif. A méditer.
n
22 juin 2010
Le 24 avril dernier, Jean de Pingon, fondateur de la Ligue Savoisienne, et Alain Roullier-Laurens, président de la Ligue pour la restauration des libertés niçoises, ont engagé auprès de diverses instances internationales une action en nullité contre le traité du 24 mars 1860. Le texte serait nul au motif que la France n’aurait pas respecté les conditions fixées par l’article 44 du traité de paix du 10 février 1947 entre la France et l’Italie. Celui-ci dans son article 44 imposait « de notifier à l’Italie dans un délai de 6 mois […] les traités bilatéraux dont elle désire le maintien ». Une fois notifiés, ces traités devaient être enregistrés au Secrétariat des Nations Unies. La France n’a pas accompli ces obligations dans les délais prescrits. Ils ont en effet été publiés au Journal officiel le 14 novembre 1948, soit un an après la date de mise en application du traité. Celui-ci est donc nul. Les media se sont emparés du problème. Un parlementaire français a posé une question écrite au gouvernement.
Celui-ci a répondu. Avec des arguments . On trouve également des analyses intéressantes sur la toile, comme celle de Gérard Colleta sur Nice Rendez-vous . Et on a envie de dire que le dossier est clos. Sauf que l’affaire occupe toujours sur la toile une place non négligeable . Le web est un outil merveilleux, mais il classe en fonction de la fréquentation des sites, si bien qu’un billet ancien peut rester en tête de rubrique comme si rien ne s’était passé depuis. Le lecteur n’a qu’à se faire son opinion. A condition qu’il ait du temps et le goût de chercher. Et ce ne sont pas les articles de Wikipedia sur les mouvements indépendantistes ou irrédentistes locaux qui facilitent la compréhension.
La question est pourtant simple. La France et l’Italie ont tellement pratiqué les traités de 1947 et de 1860, et de la façon la plus publique qui soit, que personne, ni les parties, ni un tiers, ni telle ou telle instance internationale, ne peut alléguer une quelconque nullité pour une telle question de procédure. On ne compte plus les commissions franco-italiennes qui se sont réunies pour traiter des questions frontalières, douanières, économiques, communales ou personnelles; des dizaines d’accords ont été signés. Et on voudrait que le traité du 24 mars fût nul ?D’ailleurs l’Italie n’a jamais protesté. « Pas de nullité sans grief » dit l’adage
Ah ! J’oubliais. Le titre. Pourquoi « Collalunga » ? Colle Longue, en français, est un lieu-dit de près de trois cents hectares situé sur le territoire d’Isola, de l’autre côté de la ligne de partage des eaux, vers Vinadio. L’abornement y était resté en suspend. Parce que sur cette frontière rien n’est simple. Une commission franco-italienne a réglé le problème. Luc Thévenon vous en dit plus long, et mieux , dans Histoires d’une frontière. C’était en 1989, il y a à peine plus de vingt ans. Le traité bougeait encore. Drôle de cadavre et drôle de nullité.
n
16 juin 2010
Les communes de l’ouest du département semblent peu sensibles à la commémoration du 150e anniversaire de l’annexion de Nice à la France. C’est une affaire niçoise. Le 14 juin dernier les cloches n’ont sonné que dans le Comté. C’est dommage. Si les Niçois sont heureux d’avoir choisi la France, on est en droit de penser que leurs voisins sont heureux de les accueillir.
Voila une bonne raison pour saluer l’initiative de la région PACA qui organise une fête le 16 juin, Place Masséna, sur le thème « Nice et la Provence réunies. 1860-2010 ». Enfin une commémoration qui ne s’arrête pas aux bords du Var. La précédente remonte au mois de décembre dernier avec la magnifique exposition réalisée, sous l’égide du Conseil général, par les Archives départementales. Je l’ai signalée ici même Un très bel ouvrage avait été édité pour l’occasion. L’exposition ferme à la fin du mois.
Si l’idée de célébrer ainsi l’événement est heureuse, le choix des termes par contre ne l’est pas. « Nice et la Provence réunies ». On laisse penser que Nice ne serait pas la Provence. Mais Nice, c’est la Provence. Pour Mistral et les Félibres, c'est « Niço en Prouvenço ». Pour les Français, ici Tallement des Réaux, c’est « Nisse de Provence ». Pour les ducs de Savoie, Nice est la capitale des « Terre neuves de Provence ». Et pour les Niçois, la Provence outre Var, ce n’est pas l'étranger .
Querelle de mots ? Pas vraiment. La frontière qui sépare la Provence française et la Provence savoisienne depuis 1388 n’a jamais été une véritable frontière. Elle est le fruit des aléas politiques. Elle n’a qu’une valeur relative. Et n’a jamais empêché les gens de passer. Discourir inconsidérément sur la « frontière du Var » comme on le fait parfois, en faire la ligne de démarcation entre deux mondes, creuser sans raison les caractères propres de chacun, tout cela peut provoquer des effets imprévisibles… et pas vraiment positifs.
n
14 juin 2010
Je reçois ce matin le prospectus de souscription du numéro spécial de Nice Historique : « L’année 1860. Chroniques de l’annexion ». Un numéro triple, c'est-à-dire près de trois cents pages. Je laisse au lecteur le plaisir de la découverte. Je dirai seulement que les contributions qu’on y trouve renouvellent l’histoire de la période. Les archives ont été très sollicitées. Ceux qui croient savoir, ou qui veulent savoir, ont de la lecture pour l’été. Et de quoi réfléchir. On sort ici des flonflons, des commémorations et des lampions pour entrer dans l’histoire de Nice Avec tous ses contrastes et ses nuances.
Mieux qu’un roman, mieux qu’une pièce de théâtre ou qu’un opéra. La réalité dépasse ici les meilleures fictions. Et en plus c’est vrai. Les manoeuvres de Pietri, les angoisses de Paulze d’Ivoy, l’éviction du « parti français », les contorsions de Malausséna, les ambitions de Rapetti, les espoirs des Garibaldiens, l’Eden annoncé qui se fait attendre et le mécontentement qui s’installe. Chronique d’un rendez-vous manqué. Et pourtant Eugénie et Napoléon ont été formidablement reçus à la mi-septembre pour leur voyage officiel. Allez comprendre.
n
12 juin 2010
Pas d’appel pour la Cour d’appel
Le 15 juin 1860 le Corps législatif votait la loi plaçant Nice dans le ressort de la Cour d’appel d’Aix, supprimant ainsi la Cour d’appel de Nice, l’héritière du Sénat créé par Charles Emmanuel I en 1614. Ainsi disparaissait l’institution qui, emblématiquement, plaçait Nice au niveau d’une capitale régionale. Deux mois plus tôt, les 15 et 16 avril, les Niçois avaient voté en faveur du rattachement de leur province à la France. Beau cadeau de bienvenue !
Pierre Marie Pietri, l’envoyé spécial de Napoléon III, n’avait pas vu venir le coup. Ou n’avait pas voulu le voir venir. Le 14 juin, trois jours avant son retour à Paris, il s’inquiétait enfin auprès de Delangle, le ministre de la Justice, des bruits qui courraient sur une possible suppression. Quelle irresponsabilité ! Aucune démarche. Aucune négociation. Aucune coordination des principaux intéressés.
On n’a pas manqué de justifier cette suppression. L’existence d’une cour d’appel à Nice était impossible depuis qu’une moitié de son ressort, la Ligurie occidentale, était restée sous la souveraineté de la Maison de Savoie. On n’allait tout de même pas conserver une cour d’appel pour la seule province de Nice.
La Gazette de Nice a publié dès le 7 juin un long article sur la question. Tous les arguments en faveur du maintien y sont présentés, en particulier l’extension du ressort aux arrondissements de Grasse et de Castellane ou le maintien sous la forme d’une chambre détachée d’Aix. Aucune suite.
Le gouvernement français a eu la main lourde. Il est de bon ton en ces temps de commémoration de remercier Napoléon III pour les bienfaits apportés par le rattachement. On dira à propos de la Cour d’appel qu’il n’a pas bougé le petit doigt pour en défendre le maintien.
n
6 juin 2010
Je ne sais pas si cette commémoration fait progresser notre connaissance de l’histoire de Nice mais on doit constater qu’elle ne laisse pas indifférent. La blogosphère est en émoi . Nice s’est jetée dans les bras de la France clament les uns. Pas du tout rétorquent les autres, l’union a été forcée au moyen d’un plébiscite truqué. La polémique n’est pas vraiment nouvelle. Elle remonte aux événements de 1860. Mais il y a aujourd’hui une nouveauté. Internet a complètement modifié la situation. Le nombre de rubriques, ici ou là , qui contestent la version la plus répandue de l’annexion –disons la version « officielle »- est tel qu’on ne peut plus se contenter d’ignorer les opinions dissidentes. Surtout dans la mesure où on n’a pas la possibilité d’assurer que le vote a été limpide. Que répondre à ceux qui affirment qu’il n’y avait pas de bulletins « non » ? Que les listes électorales ont été dressées trois ou quatre jours avant le vote ? Que l’extension du vote sur deux jours facilitait bien des choses ? Etc.
L’histoire officielle ne rend pas service à Nice. Elle laisse planer un doute là où il serait facile d’expliquer clairement, comme ici par exemple, ce qui s’est passé dans les quinze jours qui précèdent le vote : la politique de conciliation des partis et des notables imposée par Cavour ; la déclaration de Victor Emmanuel II déliant ses sujets du serment de fidélité ; les interventions du gouverneur provisoire Lubonis ; les promesses de Pietri ; les cajoleries de Rapetti. Le « parti italien » qui change de camp ; le « parti français » qui quadrille la province et la couvre de proclamations enthousiastes ; le Clergé, évêque en tête, qui choisit la France. Et pour couronner le tout une opposition à l’annexion qui se divise : Arson et une hypothétique indépendance d’un côté ; les « italianissimes » et leurs rêves d’unité italienne de l’autre.
Cavour, qui plus que Napoléon III, avait intérêt à ce qu’il n’y ait pas de bavure, avait bien fait les choses. C’est lui le grand artisan du rattachement.
n
4 juin 2010
L’émission du timbre poste commémorant le 150e anniversaire du rattachement de Nice à la France est prévue pour le 11 juin. Un bon point, il peut affranchir les envois courants à 0, 56 euros. Mieux encore, la vue est très intéressante. Elle réussit à représenter Nice et le Comté. Au premier plan, la mer et la ville ; au deuxième, les collines et la moyenne montagne ; en arrière plan, le Mercantour enneigé. Impressionnant ! Nice-les-Alpes en même temps que Nice-sur-Mer.
On s’est gaussé un peu partout de la candidature de Nice aux J.O. d’hiver 2018. A tord. On a trop oublié que Nice est une ville alpine. Peut-être parce que le non rattachement en 1860 des contreforts des Alpes -les fameux terrains de chasse de Victor Emmanuel II- a privé pendant trop longtemps la province de ses plus hautes montagnes. Les anciens manuels scolaires de géographie ne connaissaient pas le Mercantour. Et puis cela brouillait trop l’image touristique. Les hivernants venaient chercher à Nice la douceur du climat. Les estivants viendront y chercher la chaleur. Leur expliquer que ces montagnes, pas très loin de la mer, sont enneigées une partie de l’année n’était pas un argument très promotionnel.
Les Anciens avaient pourtant montré la voie, le chemin de fer vers Digne, celui vers Cuneo par Tende, la route des grandes Alpes. On avait alors, c’était au début du XXe siècle, l’ambition de construire une grande région alpine dont Nice aurait été un des pôles. Cette région a vu le jour en 1919 dans le cadre des « régions Clementel », du nom du ministre promoteur de la réforme qui découpait la France en « groupements régionaux de chambres de commerce ». Nice faisait partie, avec Grenoble et Chambéry de la XIIe Région . De grandes initiatives furent lancées, liaisons ferroviaires et routières, stations de sports d’hiver, agropastoralisme de montagne, industrialisation hydroélectrique. Marseille fit les gros yeux. L’organisation des « régions économiques » en 1938 fera basculer Nice vers le Rhône. Cette histoire reste à écrire.
2 juin 2010
A l’approche du 14 juin, jour anniversaire du changement de souveraineté, la fête gagne du terrain. La Ville de Nice a particulièrement bien fait les choses. Expositions, inaugurations, feux d’artifice, émission du timbre commémoratif de l’événement, la 9e de Beethoven, une pièce de théâtre sur le « Rattachement », un film de circonstance « Si Nice m’était …Comté ». Du Palais ducal au Monument du Centenaire, du Forum Jacques Médecin au Palais Masséna il y en aura pour tous les goûts. A la Cathédrale on chantera un Te Deum pour célébrer l’événement.
J’entends d’ici les contempteurs de l’annexion. Un Te Deum ? Un Requiem plutôt ! Mais, cher ami, l’un n’empêche pas l’autre. Te Deum pour Nice et pour la France. Requiem pour Nice et les Etats de Savoie. Il n’aura échappé à personne que l’année 1860 marque leur disparition. On aurait pu célébrer dignement la fin de ce pays au sein duquel Nice avait, depuis 1388, trouvé protection.
Pas très festif me direz-vous. Oui, mais plein de reconnaissance. Dans la mesure où Nice n’a guère à reprocher à cet Etat qui eut toujours pour ce bout de territoire une vraie considération. Si Nice est, en 1860, une ville de 50000 habitants (18e rang français) c’est aux souverains de la Maison de Savoie qu’elle le doit. Ceux-ci ont su relever le défi de l’handicap géographique. Qui peut croire un instant que, sous domination génoise ou marseillaise, voire en situation d’indépendance, on y aurait creusé un port ou qu’on aurait tracé une route carrossable à travers les Alpes ? La Maison de Savoie a su reconnaître la fonction régionale de Nice. Aix n’aurait jamais toléré qu’on crée à Nice des cours souveraines de l’ordre du Sénat ou du Consulat de Mer. Quant au complexe fortifié de Nice-Mont-Alban-Villefranche, un des plus puissants de la Méditerranée, on sait qu’il ne faisait les affaires ni de Gênes ni de la France.
A quand une place des « Etats de Savoie » ? Ou une belle avenue ?
n
30 mai 2010
L’annexion débarque à Villefranche
Jugez-en. Le programme prévu par la Ville de Villefranche-sur-Mer est riche et à la hauteur de l’événement. Reconstitution historique, spectacles, conférences. On a même prévu un opéra, « Napoléon III ». Villefranche commémore avec faste le débarquement dans sa rade, le 12 septembre 1860, de l’Empereur et de l’Impératrice pour une visite officielle à la province nouvellement rattachée.
Les festivités commencent le 3 juin avec la sortie d’un très beau livre « Vive la France. Regards croisés sur l’union du Comté de Nice à la France. 1860-1947 » édité par Serre. J’y participe avec une « Chronique militaire et domestique de la Famille De May avant le rattachement». L’histoire de trois officiers villefranchois dont les brillantes carrières ont commencé sous la Révolution dans la bataille des Alpes contre les Français. Trois fidèles serviteurs de la Maison de Savoie. Trois valeureux soldats plusieurs fois décorés de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare. On est ici côté Waterloo de l’histoire, pas côté Austerlitz. Je connais un peu Gaëtan, le corsaire, général dans le corps de la Marina. Il n’apprécierait pas cette commémoration, surtout à Villefranche. Une vie d’honneur et de fidélité pour voir débarquer dans son port le descendant de Napoléon I !
Il fallait que quelqu’un porte témoignage. C’est le rôle que je fais jouer à mes trois généraux De May. Napoléon III occupe sans difficulté le devant de la scène. Quelques comparses l’entourent, Cavour, Victor Emmanuel, Malausséna, Garibaldi et d’autres. Tout le discours historique est réduit à une dimension strictement franco-italienne. Et les Etats de Savoie ? Cinq siècles d’histoire partent en fumée dans le grand spectacle des commémorations qui se déroulent un peu partout dans la province. On dirait qu’en invitant Nice à entrer dans l’histoire de France on l’a priée d’oublier la sienne
n
27 mai 2010
Imaginez un instant que Monseigneur Sola, évêque de Nice en 1860, ait émis quelques réserves sur la cession de Nice à la France dans les jours qui précèdent le plébiscite des 15 et 16 avril. Ou simplement qu’il ait traîné des pieds pour appeler à aller voter oui. Le résultat eût été très différent. Certainement pas aussi unanime que celui qu’on connaît. Des contestations seraient immédiatement apparues. Les « italianissimes » auraient à nouveau redonné de la voix dans les rues de Nice. Garibaldi lui-même aurait interrompu la préparation de son expédition vers la Sicile. Il aurait certainement trouvé un moment de libre pour venir les encourager. Les « Mille » l’auraient patiemment attendu sur la plage du Quarto à Gênes. Peut-être même seraient-ils venus à Nice donner un coup de main. Pietri, l’envoyé spécial de Napoléon III, n’aurait pas pu contrôler la situation.
Monseigneur Sola avait le sens des responsabilités. Ses profonds regrets de voir Nice quitter le giron des Etats de Savoie ne comptaient pas face aux enjeux politiques et religieux. Le Piémontais qu’il était devait oublier ses origines. Il fallait faire ce que son roi et Cavour lui demandaient, faire en sorte que le traité du 24 mars soit accompagné d’un vote unanime pour que Nice, en passant à la France, permette l’annexion des Etats d’Italie centrale. Il a agi par fidélité dynastique. Le 9 avril il adresse aux curés du diocèse une lettre leur demandant de voter et de faire voter oui. A partir de ce jour là l’affaire est faite.
J’entends d’ici les objections. Mais il y trouvait un intérêt ! La politique anticatholique mise en œuvre par Turin depuis 1848 n’était guère encourageante. Aux lois Siccardi avaient succédé les lois Rattazzi. La modernisation religieuse progressait à grands pas. Dieu sait jusqu’où ? Peut-être jusqu’à la mise en tutelle du Saint-Siège. La politique de Turin était en cette matière assez ambiguë pour laisser présager le pire.
La France c’était autre chose. Un régime concordataire réinterprété favorablement depuis la chute de Napoléon I. Un clergé salarié occupant de fortes positions administratives. Une approche favorable de la question romaine. Même la République, la Seconde du moins, semblait convertie. La victoire du général Oudinot contre les révolutionnaires romains sur le Janicule le 30 juin 1849 affirmait la protection de la France sur Rome. Pie IX pouvait revenir. Napoléon III avait poursuivi et tout laissait penser qu’il ne changerait pas d’avis. On comprend que rallier la France c’était aussi rejoindre la fille aînée de l’Eglise. Il n’y avait aucune honte à le faire. Bien au contraire.
Le ralliement à la France de Monseigneur Sola est donc un événement majeur. Davantage peut-être que celui de François Malausséna, syndic de la ville de Nice. On aurait pu dans ce cas, au moyen d’une habile mise en scène, contourner l’obstacle d’un refus. On aurait trouvé dans les quarante huit heures une solution de remplacement. Mais on n’aurait pas trouvé un remplaçant à Monseigneur Sola dans les quinze jours qui précèdent le vote.
Monseigneur Sola n’eut pas à regretter son choix. Il établit de bons rapports avec l’administration française pourtant tatillonne, parfois méprisante même, et réussit à apaiser les regrets de la partie la moins francophile de son clergé. Il encouragea l’établissement de plusieurs œuvres, celle de Don Bosco, celle des religieuses fondatrices de l’asile dit de Saint-Pons, d’autres encore sans oublier l’arrivée des Lazaristes au petit séminaire. C’est Garibaldi lui-même qui le dit dans ses Pensées anticléricales, avant propos du Fils du Jésuite du très cathophobe Léo Taxil paru en 1879 : « Les peuples marchent à pas de tortue, mais ils marchent » nous dit Garibaldi qui ajoute en note cette précision : « Il ne faut cependant pas exagérer, et l’on doit se tenir en garde contre le chiendent clérical. Nice, pour ne citer qu’une ville, avait un couvent en 1860 ; elle en a aujourd’hui vingt-neuf ».
Le choix de Monseigneur Sola est donc au cœur de la commémoration de ce 150e anniversaire : attitude du clergé, rapports avec l’administration, évangélisation, etc. Plusieurs manifestations éclairent ces questions : un premier colloque a eu lieu au mois d’avril dans le cadre du Cercle Bréa, Le Diocèse de Nice à l'épreuve de l'Annexion . De leur côté Les Nouvelles religieuses du Diocèse de Nice publient dans le numéro de mai une interview de Ralph Schor sur le rattachement et annoncent pour le numéro de juin deux études, une sur l’attitude de l’Eglise de Nice et de son évêque lors du rattachement et une autre sur la venue du Général de Gaulle en 1960 et les fêtes du Centenaire. Enfin un colloque est prévu les 19 et 20 juin au Sanctuaire de N. D. de Laghet , un lieu symbolique de la célèbre loi d’ « incamération », la loi Rattazzi du 29 mars 1854 sur la saisie des biens ecclésiastiques.
24 mai 2010
L’Italie commémore l’an prochain le cent cinquantenaire de son unité. Les premières manifestations ont commencé. C’est déjà très visible à Turin. Les arcades de la Via Pô et de la Piazza Castello sont décorées de grandes affiches représentant les épisodes et les acteurs du Risorgimento : Gioberti, Cavour, Charles-Albert, Garibaldi, etc. On y trouve même Napoléon Bonaparte. Mais de Napoléon III point.
Ceux qui pensent que Napoléon III a voulu faire l’unité italienne, et ils sont nombreux en France, s’en étonneront. A vrai dire il n’y a pas de quoi. Les Italiens connaissent mieux leur histoire nationale que les Français. Ils savent très bien que Napoléon III rêvait d’une Italie confédérée dans laquelle la France aurait occupé une position influente. Une sorte de restauration de la politique de Napoléon I.
C’est là où intervient Plon Plon. Autrement dit le Prince Napoléon, cousin germain Napoléon II, le fils de Jérôme roi de Westphalie. Un prince brillant, très à gauche, admirateur de Robespierre et sosie de Napoléon I, en plus enveloppé. Plon Plon, c’est son diminutif affectueux, est un personnage important de la cour impériale. Il est l’héritier du trône jusqu’ à la naissance en 1856 d’Eugène, fils du couple impérial. Napoléon III voudrait bien le caser, matrimonialement et politiquement. Il fait des démarches auprès de Victor Emmanuel II dont la fille aînée, Marie Clotilde, est en âge de se marier. Cavour et l’Empereur en ont longuement parlé lors de l’entrevue de Plombières-les-Bains en juillet 1858. L’autre objet de la rencontre était l’aide militaire que la France pourrait apporter au cas ou l’Autriche attaquerait le royaume de Sardaigne. Il a été question de la cession de la Savoie comme contrepartie de l’aide. Pour Nice on est resté dans le vague. Mais sait-on précisément tout ce qui s’est dit à Plombières entre les deux hommes ? A en croire Cavour la partie matrimoniale de l’accord était essentielle. L’affaire fut conclue. Le mariage fut célébré à Turin le 30 janvier 1859.
La guerre éclate au mois d’avril. Les Français passent les Alpes. Les Autrichiens sont malmenés un peu partout. En Toscane le grand-duc Léopold II, leur allié, est chassé par une insurrection le 27 avril 1859. Le Prince Napoléon qui commande le 5e corps d’armée est autorisé à intervenir. Ses troupes débarquent à Livourne. On acclame les Français comme des libérateurs. Certains voient déjà le Prince Napoléon grand duc de Toscane. Lui manœuvre prudemment.
Il connaît les difficultés de l’entreprise. Le Prince fait partie de la loge « Bonaparte », une loge gouvernementale où il est souvent question d’une construction confédérale de l’Italie. Il y côtoie Lucien Murat et Henri Conneau, le proche ami et médecin de Napoléon III, autrefois compagnon de détention du futur Empereur au Fort de Ham. Conneau, qui soit dit en passant est niçois par sa mère, connaît bien Florence où il a fait toutes ses études.
Sur place le Prince Napoléon est conseillé par deux personnages qui joueront quelques mois plus tard un rôle considérable à Nice au moment de l’annexion : Pierre-Marie Piétri, ancien préfet de police de Paris et frère de Plon Plon dans la loge « Bonaparte » et Nicolas Rapetti, originaire du Montferrat, ancien professeur au Collège de France et grand spécialiste du Premier Empire. Ils sont là pour faire avancer les affaires du Prince Napoléon auprès des notables toscans. Pour eux, comme l’explique Rapetti, il n’est pas question de parler de contreparties territoriales à l’aide de la France. Sous entendu la véritable contrepartie est le trône de Toscane pour le Prince Napoléon et Marie Clotilde.
L’affaire n’a pas tourné comme prévu. Les Français arrêtent la guerre et signent l’armistice à Villafranca di Verona le 12 juillet 1859. Les raisons sont complexes. Il est de bon ton de dire que l’Empereur aurait été choqué par le carnage de Solférino. Peut-être. Mais l’orage grondait. Une coalition se préparait contre la France. L’Italie centrale était en ébullition et les chances du Prince Napoléon de régner en Toscane s’éloignaient. Mieux valait s’arrêter tant qu’il était encore temps.
C’est à partir de là que la cession de Nice entre dans le débat. La solution d’une Toscane indépendante sous influence française avait fait long feu. Il restait la solution de l’annexion par le Piémont. Mais comme la chose n’était pas prévue au menu de Plombières il fallait un avenant comportant une contrepartie supplémentaire, Nice.
L’avenir de Nice s’est joué en Toscane. Si Plon Plon était devenu grand-duc, Napoléon aurait atteint un premier objectif dans une construction confédérale de l’Italie sous influence française. Nice aurait toujours fait partie du royaume de Sardaigne mais agrandi de la Lombardie. Victor Emmanuel II n’aurait pas permis à Garibaldi d’aller déstabiliser l’Italie du Sud. François II de Bourbon serait resté sur son trône napolitain, pas pour longtemps d’ailleurs parce que Lucien Murat n’aurait pas tardé à réclamer la succession de son père Joachim. Le Pape, lui, aurait conservé ses Etats sous la protection de la France.
Il faut faire une place à Plon Plon et à Marie Clotilde dans les festivités prévues au mois de juin. Sinon on risque de ne rien comprendre à l’annexion de Nice.
n
20 mai 2010
J’ai déjà eu l’occasion de souligner l’intérêt que portent les Savoyards à ce 150e anniversaire de l’annexion. Le programme des manifestations, ici et ici , en témoigne. On a le sentiment que toute la province communie dans l’événement. Les initiatives débordent même sur Nice, et de la meilleure façon.
Un très beau livre vient symboliquement unir les deux provinces. Nice et Savoie, un regard contemporain . L’ouvrage est publié par les Editions Actes Sud et réalisé à l’initiative de l’ Assemblée des pays de Savoie et de la Fondation Facim . Il offre un regard renouvelé et décalé sur les célèbres gravures réalisées à partir des dessins de Félix Benoist et publiées dans le recueil Nice et Savoie édité par Henri Charpentier en 1861. Une photographie récente est placée en face de chacune des gravures, une centaine dont un quart pour le Comté de Nice. Chaque vue est prise sous le même angle et dans le même cadre que la gravure. Le contraste est saisissant. C’est Nice et Savoie hier et aujourd’hui.
Les photographies sont de François Deladerrière . Bruno Berthier présente l’histoire des relations entre Nice et la Savoie. L’ouvrage est préfacé par Hervé Gaymard. Les notices des lieux représentés ont été rédigées, pour la Savoie par Jean Luquet et les guides conférenciers de la Fondation Facim et pour Nice par Jean-Loup Fontana.
Maryline Desbiolles , qui a le privilège d’être parfaitement nisso-savoyarde, nous invite à partager ses souvenirs et à découvrir notre double origine. Son histoire commence à la Porte Rouge, quelque part entre La Roquette-sur-Var et Levens…pas très loin d’Ugine en Savoie, le pays où elle est née. Il suffit de franchir quelques cols.
n
18 mai 2010
Les nobles niçois ont en 1860 très majoritairement rejeté l’annexion à la France. Par fidélité dynastique et aussi pour des raisons de carrière. Sur les 200 officiers niçois en activité seuls quelques-uns ont choisi la France.
Pour tous ceux qui ont suivi leur roi ce fut une déchirure. Certain pensaient toutefois pouvoir demeurer dans leur patrie niçoise. Ils comprirent bien vite que la frontière qui se creusait entre l’Italie et la France en faisait des étrangers.
Pour Nice ce fut une saignée car elle y perdait une grande partie de ses élites. C’est avec une noblesse réduite à quelques représentants que Nice entrait dans l’Empire français. Ceci explique bien des choses...
Certains auront des raisons d’en vouloir à ces nobles qui n’ont pas eu confiance en la France. Ceux qui connaissent un peu la question savent très bien que la France n’a pas été très accueillante aux officiers, aux magistrats, aux fonctionnaires qui ont fait son choix. Il y eut bien des déceptions.
L’histoire de Nice a tenté d’oublier l’épisode. Les études sur la noblesse s’arrêtaient à la Révolution. J’ai mis l’accent sur ce problème dans une étude parue en 1991 dans les Cahiers de la Méditerranée : « La Noblesse niçoise au XIXe siècle. Eléments pour une histoire politique ». La question est restée un trou noir.
Le 150 anniversaire de l’annexion nous fait un beau cadeau, l’ouvrage de Simonetta Tombaccini sur La vie de la noblesse niçoise. 1814-1860 .Un livre de 519 pages avec généalogies, index et de nombreuses illustrations. Il est coédité par l’Acadèmia Nissarda et le Centro Studi piemontesi .
L’ouvrage marque le retour de la noblesse niçoise dans l’histoire de Nice. Avec talent, Simonetta Tombaccini fait revivre une société finalement pas si lointaine qu’on peut le penser. Très vite le lecteur trouve ses repères et découvre avec étonnement des pans entiers d’un passé de Nice qu’il croyait connaître. Une fois la lecture terminée il comprend pourquoi il avait autant de mal à suivre les développements de l’histoire de Nice avant l’annexion. On lui cachait des choses.
n
16 mai 2010
1860, invention d’une frontière
Les Alpes ont formé pendant des siècles l’épine dorsale de Etats de Savoie. La montagne n’y était pas barrière mais passage. C’était particulièrement vrai dans la partie sud du massif, de la Haute-Tinée à la mer. Les hommes et les marchandises vont et viennent sans grands embarras entre le Comté de Nice, la Ligurie et le Piémont. La montagne est également un lieu de vie. De Vinadio à Saint-Etienne, d’Entraque à Saint-Martin, de Limone à Tende, de Triora à La Brigue, de Pigna à Saorge, de Dolceaqua à Sospel, on partage la même langue, les mêmes valeurs et les mêmes traditions
Le traité du 24 mars 1860 a tranché dans cet espace vivant. Sans grand souci des réalités humaines. L’argument de la frontière « naturelle » et les préoccupations militaires ont commandé la délimitation.
Cette frontière aurait pu malgré tout rester une espace de transition. Un peu comme sur la frontière provençale du Comté de Nice avant la rectification de frontière de 1760. Le Var et l’Estéron n’étaient alors que des frontières de papier.
Il n’en a rien été. La montée des nationalismes à partir des années 1880, l’essor des régimes douaniers protectionnistes et le renforcement des appareils militaires ont transformé la frontière en barrière. On connaît la suite.
La frontière créée de toutes pièces en 1860 est donc un événement majeur dans l’histoire de la région niçoise. Comme nous sommes habitués à ne voir dans l’annexion que des éléments positifs nous éprouvons quelques difficultés à percevoir les immenses dégâts de cette rupture frontalière, tant au plan du passage qu’à celui de la vie des communautés villageoises. Les corrections du tracé apportées par le traité de 1947 ne changent pas fondamentalement la donne. Cette frontière est restée fermée jusqu’aux années 1960. Pendant cette centaine d’années elle s’est sclérosée. Les pouvoirs publics, côté français principalement, ont pris très peu d’initiatives, et toujours avec retard. La ligne Nice-Cuneo qu’on ouvre en 1928, cinquante ans après les premiers travaux ! La route du col de Tende qu’on n’a jamais voulu considérer comme un axe prioritaire ; le tunnel du Mercantour enterré parce qu’il n’intéressait pas Marseille ; l’autoroute A8 elle-même, qu’on a difficilement raccordé à l’Autostrada dei Fiori … au début des années 1980. Et j’en passe.
La commémoration du 150 anniversaire de l’annexion est une bonne occasion pour faire un bilan frontalier. Il n’était pas écrit dans le traité que la nouvelle frontière serait étanche. C’est le moment d’inviter fermement les pouvoirs publics à rendre à Nice cette respiration qu’elle avait autrefois de l’autre côté de l’actuelle frontière.
Il y a du travail sur la planche parce que notre réflexion frontalière n’est pas très ouverte. Pendant longtemps cette frontière franco-italienne n’a guère intéressé que des spécialistes du droit international. Ils y trouvaient quelques intéressantes curiosités juridiques et un bel exemple de rectification frontalière récente.
Avec le temps il apparaissait indispensable de renouveler la problématique. Je pense ne pas me tromper en voyant dans le colloque organisé en 1990 par le Centre Maryse Carlin d’histoire du droit sur Les Alpes-Maritimes et la frontière un premier pas dans ce sens. D’autres études ont suivi, celles en particulier rassemblées dans Terres de marche, Patrimoine du Haut-Pays, Bévéra, Roya, Tinée, Vésubie, n°8, 2007 et les travaux de l’association AMONT sur Les terres perdues de 1860 .
La commémoration du 150 anniversaire de l’annexion enrichit la réflexion. La publication du colloque organisé du 9 au 11 octobre 2009 à Puget-Théniers, Histoires d'une frontière mérite d’être saluée comme un événement. C’est là le résultat d’un travail mené par l’Ecomusée de La Roudoule, l’association AMONT et l’Association Développement Touristique des vallées Roya-Bévéra ADTRB . Il faut saluer ce travail commun de trois associations. J’ai eu l’occasion d’apprécier particulièrement le dynamisme des animateurs de l’association AMONT, Jean-Michel Sivirine, Eric Gilli et d’autres, hier à Saint-Martin-Vésubie à l’occasion d’une conférence sur La frontière franco-italienne des Alpes-maritimes : une frontière à part, question que j’ai eu l’occasion d’aborder dans plusieurs publications. Les organisateurs d’AMONT ont, avec leurs partenaires, un beau programme d’activités pour cette année. Ma conférence était la première d’une série de vingt ! A quoi il faut ajouter deux expositions itinérantes sur le thème Histoires d’une frontière. Je trouvais que la commémoration du 150 anniversaire de l’annexion dans les Alpes-Maritimes manquait un peu de souffle, comparé à ce qui se fait en Savoie. Ils m’obligent à nuancer.
n
8 mai 2010
Parmi les polémiques qui fleurissent sur la toile à propos de l’annexion de Nice on trouve en bonne place le rôle qu’a pu y jouer Garibaldi. A vrai dire il y a un décalage très net entre ce qui se dit sur le net et ce qu’on publie dans les revues. On y parle peu du Héros des Deux Mondes. C’était d’ailleurs déjà le cas lors de la commémoration du centenaire en 1960. A l’époque Emile Tersen avait donné une conférence au Centre Universitaire Méditerranéen sur « Garibaldi et la France », publiée dans le numéro spécial des Annales du CUM, d’où il ressortait qu’il n’avait pas beaucoup influencé de débat. Son action se résume en effet au célèbre discours anti-annexionniste prononcé à la Chambre des députés à Turin le 12 avril. Début mai, il part déjà avec les Mille vers l’Italie du sud. Nice sort très vite de ses préoccupations. Le « non » de Garibaldi à l’annexion à la France était un « oui » à l’unité italienne, pas à l’indépendance de Nice.
Voilà pourquoi on écrit aussi peu de choses sur Garibaldi et l’annexion de Nice. Il fallait l’expliquer à ceux qui fréquentent l’histoire de Nice à partir du net. Ceci dit on manque d’une étude sur l’attitude des adversaires de l’annexion, les « italianissimes » comme on les appelle en 1860, Laurenti-Robaudi, l’avocat Piccon, l’Abbé Cougnet, etc. Elle permettrait de mieux comprendre pourquoi, et surtout comment, ils se sont séparés du « parti italien », Malausséna, Lubonis, Cessole, Constantin et autres au moment du plébiscite. Le nœud du problème est là.
Pour illustrer mon propos sur la présence de Garibaldi sur la toile j’ai dressé une liste de liens de sites et blogs où il est question de l’annexion. C’est aussi l’occasion d’en faire une présentation pratique. Merci de me signaler les omissions. Liberà Nissa ; Nice-Rendez-vous ; Le Ficanas ; OGCN.Net ; Les Cahiers de l'Annexion ; Nice Actualités ; Racines du pays niçois ; Nice-Libre blog ; Païs Nissart ; Echo des montagnes ; Lo.Lugarn PNOccitan ; Nice Libre ; Les Nouvelles niçoises.blog ; Countea Nissa ; Nice Premium ; Société muséale Albert Figueira ; Democracia occitana ; Mes opinions.com ; Serre Editeur ; Pays d'Azur. Histoire et traditions ; Nice-Matin.com ; Sourgentin
n
5 mai 2010
Plusieurs publications sont annoncées, Nice Historique, La noblesse Niçoise. 1815-1860, de Simonetta Villefranque, l’ouvrage préparé par l’ASPEAM, celui publié par la Ville de Villefranche. On les attend avec impatience. Rappel de ce qui a déjà paru depuis la fin de l’année dernière:
Simonetta Tombaccini Villefranque, « La ville de Nice et sa province à la veille de l’annexion », Nice historique, 2009,
Jean-Bernard Lacroix, « Santa Rosa et Carlone, deux visions du destin niçois. 1848-1860 », Nice Historique 2009, pp. 268-304.
Jean-Bernard Lacroix, « La correspondance de Teodoro di Santa Rosa à Auguste Carlone. 1e partie 1850 à 1853 : le député d’Utelle », Recherches régionales Alpes-Maritimes, 2009, n°194, pp. 19-55.
Stéphanie Blot-Maccagnan, « Changement de souveraineté et organisation du territoire judiciaire dans les Alpes-Maritimes en 1860 », Pouvoirs et territoires dans les Etats de Savoie, contributions réunies par Marc Ortolani, PRIDAES, Nice, Serre Editeur, 2010, pp. 433-446.
Jean-Bernard Lacroix, Hélène Cavalié et Jérôme Bracq, Napoléon III et les Alpes-Maritimes. La naissance d’un territoire, catalogue de l’exposition de 2010, Conseil général des Alpes-Maritimes, Silvana Editoriale Spa, Milano, 2009.
Et aussi :
« Nice en 1860 », Sourgentin, hors série, Nice, novembre 2009. Un numéro en forme de bilan et une bonne façon d’entrer dans le sujet.
Armanac Nissart 2010. Les rubriques habituelles et un dossier sur l’annexion, Serge Chiramonti, Adolphe Viani, Jean-Michel Bessi, Alex Benvenuto…Olivier Vernier y analyse l’évolution de la terminologique, Cession, annexion, rattachement, etc.
A noter du côté de la Savoie, le dernier numéro de L'Histoire en Savoie et surtout La Savoie et l’Europe. 1860-2010. Dictionnaire historique de l’Annexion, dir. Christian Sorrel et Paul Guichonnet, La Fontaine de Siloé, Montmélian, 2009. L’ouvrage est remarquablement complet. Il est très utile pour la connaissance de l’annexion de Nice. Olivier Vernier a rédigé plusieurs entrées.
Et aussi :
L'Alpe , n° 47. 1860-2010. Chronique d’un attachement, avec une étude de Jean-Loup Fontana sur « Comté de Nice : des frontières très disputées ».
Ceci dit, tout cela serait impossible sans le travail quelques prédécesseurs qui ont oeuvré avec compétence et passion sur cette question. Voici, en guise d’hommage, une petite sélection bibliographique pour le XXe siècle :
Joseph Levrot, « L’annexion de Nice à la France », Nice Historique, 1910, pp. 211-224.
Edouard Beri, « Contribution à l’histoire de l’Annexion », Nice Historique, 1920, pp. 43-47.
Louis Trotabas, Le droit public dans l’annexion et le respect des droits acquis, Thèse, 1921.
Léo Imbert, « Nice à la France. La formation du département des Alpes-Maritimes en 1860 », Nice Historique, 1940, pp. 97-118.
Ernest Hildesheimer, « La réunion de Nice à la France en 1860», Nice Historique, 1946, pp. 43-54.
Léo Imbert, « Autour de l’Annexion. Souvenir du capitaine Segretain sur Nice (avril- mai 1860) », Nice Historique, 1949, pp. 33-42.
François Gaziello, « Le passage des troupes françaises à Nice du 1 avril au 13 juin 1860 », Nice Historique, 1960, pp.73-90.
Ernest Hildesheimer, « La réunion de Nice à la France vue à travers la correspondance du ministère français des Affaires étrangères », Nice Historique, 1960, pp. 91-140.
Léo Imbert, « Louis Lubonis, gouverneur provisoire de la province de Nice », Nice Historique, 1960, pp. 141-179.
Ernest Hildesheimer, « La réunion pacifique et consentie du Comté de Nice à la France en 1860 », Annales du Centre Universitaire méditerranéen, Nice, 1960, pp. 105-118.
René Fatou, « François Malausséna et son temps », Gloires et traditions du Canton de Levens, Nice, dir. Joseph Raybaud, Nice, SD (1960), pp.29-145.
Louis Cappatti, « La seconde réunion de Nice à la France », Armanac Nissart, 1960, pp. 27-141.
Ernest Hildesheimer, « La réunion de Nice à la France vue des départements voisins (1859-1860) », Nice Historique, 1961, pp. 17 sq.
Léo Imbert, « Au lendemain de l’Annexion : la France et le particularisme niçois », Nice Historique, 1961, pp. 82-107.
Olivier Vernier, « Nationalité et changement de souveraineté à Nice en 1860. Du droit d’option aux naturalisations », Nice au XIXe siècle, Centre d’Histoire du droit, 1985, pp. 283-300.
Paul Gonnet, « Les réaction grassoises à l’incorporation dans le nouveau département », in Les Alpes-Maritimes 1860 à 1914. Intégration et particularismes, Centre d’Histoire du droit, Ed. Serre, Nice, 1988, pp. 17-36.
Roger Gasiglia, « Les désillusions de Lubonis », Sourgentin, n°154, 2002, pp. 4-37.
Paul Gonnet, La réunion de Nice à la France, Editions du Cabri, Breil-sur-Roya, 2003.
Henri Courrière, « Fêtes et changement de souveraineté à Nice en 1860 », Cahiers de la Méditerranée, vol. 77, 2008.
Je ne mentionne pas ici les publications anciennes, quasi contemporaines de l’événement, comme le Mémoire sur l'annexion du Comté de Nice de Victor Juge (1860), Deux hivers en Italie de CH. F. Lapierre (1861) ou encore La question de l'annexion de Nice en 1860 de G. Giacometti paru en 1896. Il y en a d’autres. Une bonne bibliographie de l’annexion de Nice fait défaut. On est plus avancé en Savoie. Voir la bibliographie du Dictionnaire de l’annexion de Sorrel et Guichonnet précité, ou encore cette bibliographie de La Salévienne , la société savante du Genevois savoyard, et aussi cette Bibliographie Nice et Savoie dressée par l’Université de Savoie.
Il est vrai que la recherche est plus avancée en Savoie qu’à Nice. La commémoration du centenaire de l’annexion de 1860 y a produit d’importants résultats scientifiques. On me dira que la Savoie est, en 1860, presque quatre fois plus grande, en population et en territoire, que le Comté de Nice. La situation y a été de facto plus favorable pour les chercheurs et les érudits. Certes. Mais on doit aussi considérer que le choix, plutôt massif, des nobles niçois pour l’Italie en 1860 a privé la recherche locale de forces qui en d’autres lieux sont naturellement portées à étudier l’histoire. Jules Orestis di Castelnuovo et Eugène Caïs de Pierlas sont, pour d’autres périodes, les exceptions qui confirment la règle. Le retard niçois s’explique. Je prends le pari que les publications des mois à venir vont en combler une partie.
n
15 avril 2010
Les colloques et les conférences : un point à la mi-avril
Au Laboratoire ERMES , dans le cadre du PRIDAES , nous avons prévu fin septembre un colloque comportant deux volets, un à Nice et un à Chambéry :
Consentement des populations, plébiscites et changements de souveraineté en Europe occidentale de la Révolution au lendemain de la première guerre mondiale Appel à communications
Chez nos Collègues historiens et géographes du CMCC , le Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine à la Faculté des Lettres et Sciences humaines :
Villes, frontières et changements de souveraineté en Méditerranée
(XVIe-XXe siècles).
Le rattachement du comté de Nice. Regards de France et d’Italie.
Samedi 23 avril. Campus Carlone. Nice.
Henri Courrière (Université de Nice-Sophia Antipolis, CMMC) : « L’annexion de Nice à la France en 1860 : proposition de relecture d’un événement fondateur” ».
Jean-Rémy Bézias (CPGE Lycée Masséna, Nice) : « Qu’est-ce qu’un plébiscite au XIXe siècle ? L’exemple niçois en perspective ».
Romain H. Rainero (Université de Milan) : « “De bien tristes nécessités” : Cavour et la discussion au Parlement de Turin sur l’annexion de Nice à la France ».
Jérôme Grévy (Université de Poitiers) : « Le comté de Nice, enjeu des relations diplomatiques franco-italiennes (1860-1882) ? ».
Simone Visciola (Université de Florence) : « La question de Nice et les rapports franco-italiens dans la culture historiographique italienne, de l’unité à la Seconde Guerre mondiale ».
Luc Thevenon (Conservateur en chef du patrimoine, Docteur en histoire) : « Les bornages entre le comté de Nice et le royaume de France : inventaire et protections ».
Thierry Martin (Docteur en histoire, Contrôleur des finances publiques) : « L’annexion de Menton et Roquebrune et leurs conséquences diplomatiques et juridiques (1848-1864) ».
Gilles Bouis (Conservateur des Archives du diocèse de Nice) : « Mgr Sola et le clergé niçois face à l’annexion de 1860 ».
Suzanne Cervera (Université de Nice Sophia-Antipolis): « Les médias et le rattachement de Nice à la France ».
Véronique Thuin (Université de Nice-Sophia Antipolis, CMMC) : « François Victor Sabatier, un architecte au coeur des mutations de la ville lors du rattachement de Nice à la France en 1860 ».
Jacques Basso (Faculté de Droit et de Sciences Politiques de l’Université de Nice Sophia-Antipolis et Institut de Sciences Politiques de Paris) : « Les élections législatives, le rôle de la mairie de Nice et le rattachement à la France (1860-1871) ».
J’ajoute :
Les Conférences du CUM dans le cadre du 150ème anniversaire du rattachement de Nice à la France : Le programme
Le Colloque du Cercle Bréa Le Diocèse de Nice face à l’Annexion.
Les rencontres de Villefranche-sur-Mer organisées par le Mouvement européen des Alpes-Maritimes
Les conférences organisées par le Centre du Patrimoine de la Ville de Nice : Le programme
J’en profite pour signaler ma conférence sur « Carlone artisan du Rattachement » dans le cadre des conférences du Centre du patrimoine, en video
Et aussi une interview à Nice-Matin sous le pseudonyme, involontaire, de Michel Botain !
En Savoie on commémore aussi cet anniversaire. Je signale un SITE 150e anniversaire qui recense toutes les manifestations. Nous n’en sommes pas là à Nice. Moi, avec mon faux blog, je fais ce que je peux.
Je signale trois colloques :
Archives départementales, d’une part de la Haute-Savoie, d’autre part de la Savoie, 18, 19 et 20 mars : les sources de l'annexion .
Diocèses de Savoie de Chambéry et d’Annecy, le 26 mai : L'Eglise catholique, la Savoie et l'Europe .
Université de Chambéry, 22-26 novembre :L'annexion de la Savoie à la France, une question européenne .
Et le nôtre , déjà signalé ci-dessus, celui du Laboratoire ERMES, dans le cadre du Programme de Recherches sur les Anciens Etats de Savoie (PRIDAES). Il se tient à Chambéry les 30 septembre et 1er octobre à Nice les 27 et 28 septembre.
Et puisque je mentionne le PRIDAES, il faut rappeler que nos voisins transalpins commémorent l’an prochain le 150 anniversaire de l’Unité. Les manifestations ont commencé. Voici un colloque qui intéresse directement Nice et la Savoie. Il est organisé par la Deputazione subalpina di Storia patria que préside le Professeur Gian Savino Pene Vidari. Bruno Berthier, pour l’annexion de la Savoie, et Marc Ortolani, pour l’annexion de Nice, y ont participé : L’avvio subalpino all’unificazione italiana. I plebisciti del 1860 e il Governo sabaudo. La première partie du thème porte sur I primi plebisciti (marzo-aprile 1860). La deuxième partie portera sur les plébiscites italiens postérieurs. Le programme
Je signale également ce colloque tenu à Cuneo sur La cessione di Nizza e Savoia a la Francia . Il y est surtout question de Nice.